Une douche aurait suffi

02/09/2022

Danielle arrive devant la boulangerie : Paul l'y attend, guettant les alentours, et il se dirige vers elle quand il l'aperçoit.

- Te voilà ! Alors en fait...

- On va aller ailleurs, je n'ai pas envie qu'on nous aperçoive ensemble.

- Pourquoi ?

- Disons que si tu avais un semblant de réputation, elle a totalement disparue...

- Tu es venue pour être cassante avec moi ?

- Je suis venue pour t'écouter, mais je peux m'en aller si tu préfères ? Bon, on va aller traîner au camping !

- Mais il y a du monde là-bas !

- Seulement des touristes qui ne nous connaissent pas, ça sera très bien !

Ils se rendent au camping, y entrent sans se faire repérer et se posent au pied d'un arbre.

Paul lui raconte la lettre que le père de Danielle a donné à sa mère un peu plus tôt dans la journée, contenant les différentes dépositions et la position dans laquelle madame Card a été retrouvée. Il lui explique du mieux qu'il peut les anomalies concernant les propos de la vieille dame, ainsi que le cadre précis de l'appartement quand il l'a quitté. Danielle réfléchit et en déduit que, effectivement, il y a un problème dans cette affaire.

- Donc elle aurait visiblement repris connaissance après ton départ et mis ton ADN dans cette bouteille. Pourquoi, selon toi ?

- Je ne sais pas, peut-être qu'elle veut me faire accuser pour autre chose et avait besoin de ça ?

- Et le coup sur la tête était tellement fort, pour son âge, qu'elle n'avait plus tous ses esprits pour penser à tous les détails et reprendre sa place ?

- Peut-être...

- Et tu penses qu'elle aurait pu te cibler dans la rue, qu'elle voulait que ce soit absolument toi qui viennes chez elle, ou alors c'est un pur hasard ?

- Je ne sais pas...

- Et ce poil pubien, sous son ongle, est un élément à sa décharge : si tu l'avais violée alors qu'elle était inconsciente, pourquoi s'embêter à utiliser sa main...

- J'avoue...

- Bon, il faut qu'on aille chez elle, pour fouiller et essayer de trouver pourquoi elle a menti !

- Tu n'as pas peur qu'il y ait déjà des gens chez elle en train de fouiller ?

- Mon père mène ses enquêtes seulement avec Gaston, et ne délègue jamais du travail : aucun risque, il n'y aura personne !

- Mais comment on fait pour entrer chez elle ?

- T'inquiètes, mon père garde toujours un double de toutes les pièces des dossiers chez lui : je pense que la clé de l'appartement en fait partie. Je vais la récupérer : on se retrouve devant son immeuble dans trente minutes ?

- D'accord, à toute !

Elle rentre chez elle : personne, ses parents sont sûrement sortis faire des courses. Elle pénètre dans le bureau de son père pour y trouver la clé. Après une dizaine de minutes de fouille Danielle la trouve dans une caisse en carton : également à l'intérieur, sur une feuille de papier, son père a noté « Chercher un lien entre Paul Jouanet et Mireille Card ». Danielle met la clé dans sa poche, range la caisse à sa place, et monte dans sa chambre récupérer son sac à dos : cet objet, qui lui est cher, l'accompagne toujours quand elle sort à l'aventure. Elle remplit une bouteille d'eau, qu'elle glisse dans son sac au milieu d'autres affaires, et part rejoindre Paul. Déjà sur place, il se cache derrière des voitures. Vu qu'il est grand et plutôt large, sa tentative pour se dissimuler du regard des passants est totalement ridicule : il attire assurément bien plus l'attention en agissant de la sorte. Danielle entraîne Paul à un autre endroit et, en essayant d'être le plus discret possible, ils attendent qu'une personne entre dans l'immeuble pour s'y faufiler. Quand c'est le cas, qu'un habitant ouvre et va jusqu'à l'ascenseur, ils bloquent la porte et entrent après quelques secondes, pour ne pas se faire remarquer, et montent au dernier étage par les escaliers. La porte d'entrée de l'appartement est bloquée par plusieurs rubans « scène de crime » : ils en détachent un, pour pouvoir ouvrir et pénétrer dans l'appartement sans abîmer les autres, et referment la porte derrière eux. L'appartement est plongé dans l'obscurité, tous les volets sont fermés.

Danielle tente d'allumer la lumière : rien ne se produit. Elle récupère une lampe torche dans son sac et met une paire de gants.

- Dis donc, Danielle, c'est quoi tout ça ?

- Quand je pars en expédition je me prépare à différentes options. Toi jamais ?

- Bah... heu...

- Bon, laisse tomber ! Voyons voir...

Elle ouvre le tableau électrique : tout est normal, la police a sûrement fait couper l'électricité dans l'appartement.

- Je n'ai qu'une seule torche, et pas d'autre paire de gants : surtout tu ne touches à rien, si tu aperçois quelque chose tu me demandes. D'accord ?

- C'est bon, je n'ai pas cinq ans non plus...

- On peut avoir tendance à oublier, mais si la police retrouve tes empruntes après-coup dans l'appartement ça te sera plus que préjudiciable.

- Je comprends. C'est noté.

Ils se rendent dans le salon : la décoration est à l'identique par rapport à l'après-midi que Paul y a passé. La scène de crime, assez chargée d'éléments indiqués et placés par la police, leur impose de faire très attention à leurs déplacements. Danielle commence à fouiller le seul meuble de la pièce.

- Au fait, Paul, tu la connaissais cette Mireille ?

- Pas du tout, pourquoi ?

- La police pense qu'elle peut avoir un lien avec toi.

- Je n'avais jamais vu cette femme de ma vie avant. Enfin je n'en ai aucun souvenir.

- Tu joues souvent aux cartes ?

- Quasiment tous les jours, sauf quand je vais en cours.

- Ce qui est étonnant car...

- Car quoi ?

- Dis, tu as entendu ?

Les deux s'arrêtent de parler, de faire le moindre bruit : Danielle est certaine d'avoir entendu quelque chose tomber au sol. C'est peut-être un voisin. Elle continue de fouiller le meuble, en silence, pendant que Paul la regarde faire. Tout à coup ils entendent des bruits de pas, sur un vieux parquet : le son provient d'une pièce voisine, c'est certain. Danielle pointe immédiatement sa lampe vers l'entrée du salon.

- Tu sais si elle a un animal de compagnie, Paul ?

- Il n'y en avait pas quand j'étais venu.

- D'accord. Tiens-toi prêt à te battre alors !

Ils restent proches l'un de l'autre et avancent prudemment : Danielle, une main tenant la torche et l'autre prête à frapper, Paul les deux poings en avant. Une fois sortis du salon ils inspectent avec le peu de lumière qu'ils ont dans le couloir : il n'y a rien à priori. Ils y progressent et s'arrêtent net, les bruits de pas ont repris : ils proviennent clairement de derrière la porte qu'ils ont en face d'eux. Paul avance en premier, demandant à Danielle de l'éclairer, et se pose devant la porte en diminuant au maximum son souffle. Il n'entend rien de l'autre côté, pas de respiration ou de bruit. Alors qu'il est sur le point d'ouvrir la porte, pour tenter de surprendre la personne de l'autre côté, un objet lourd tombe au sol et provoque un bruit conséquent. Paul ouvre la porte, spontanément et en criant, pour tenter d'apeurer la personne qui se trouve de l'autre côté.

- Meeeeeooooowwwww ! Pfffff...

Il s'agit d'un chat, qui a reçu un bon coup de porte lors de son ouverture, et montre son mécontentement. L'animal sort de la pièce pour aller dans le couloir.

- Pas d'animal ?

- Désolé, mais quand j'étais là je ne l'avais ni vu, ni entendu, je ne pouvais pas savoir.

- D'accord. Bon, fouillons cette pièce tant qu'on est là !

La pièce dans laquelle ils ont trouvé le chat est la chambre de la vieille dame. Danielle se dirige vers la table de chevet pour l'examiner : elle contient deux tiroirs, et dans l'un des deux y trouve une lampe torche. Elle la donne à Paul, en lui demandant d'aller fouiller les autres pièces en faisant le plus attention possible.

- Mais il va y avoir mes empruntes sur cette lampe, maintenant, je suis grillé !

- Tu n'auras qu'à l'emporter chez toi ! Et c'est toujours moins grave que les empruntes sur la porte de sa chambre !

- T'as raison. Je vais aller en prison alors ?

- Si on ne trouve rien de rien, très certainement. Alors dépêchons-nous de fouiller !

Paul quitte la pièce. Danielle, en fouillant le dernier tiroir, tombe sur un acte de naissance : une certaine Aurore Bernard a donné naissance, le quatorze novembre mille-neuf-cent-vingt-deux et à l'âge de quinze ans, à un bébé prénommé Mireille qui n'a pas été reconnu par ses parents. Le père de ce bébé est un certain Léon Fournier. Une lettre accompagne cet acte de naissance.

« Ma petite Mireille, je suis désolée de ne pas pouvoir prendre soin de toi et suis obligée de t'abandonner. Je suis trop jeune, ton arrivée n'était pas prévue, c'est un terrible accident qui m'est arrivé. Ton père est un salop qui est parti pourrir en enfer, et vu que je t'abandonne je pense que j'irai également là-bas quand je mourrai. Je te souhaite la meilleure vie possible, en espérant que tu ne souffres pas comme moi et que le cycle maudit de notre famille prenne fin. Signé Aurore. »

Danielle prend une photo, avec son téléphone, de ces éléments, puis met l'acte de naissance et la lettre dans son sac. Elle sort de la chambre et retrouve Paul qui est assis, devant la porte d'entrée, en train de caresser le chat.

- C'est comme ça que tu cherches ?

- J'ai fouillé la cuisine, je n'ai rien trouvé.

- Et le salon ?

- Ha, mince, t'as pas tort...

- Il est trop tard, partons avant de prendre davantage de risques.

Après avoir remis de l'eau et de la nourriture pour le chat, ils sortent de l'appartement et de l'immeuble : il est tard, le soleil est en train de se coucher. Danielle envoie un texto à sa mère, pour lui dire qu'elle est sur le chemin du retour, et avec Paul ils retournent chez eux. Sur la route elle lui explique et lui montre les documents trouvés dans la chambre : l'acte de naissance semble avoir été réalisé à l'hôpital Hôtel-Dieu de Paris, et elle pense que c'était là qu'ils doivent aller pour continuer à trouver des réponses. C'est vendredi soir, le lendemain il n'y a pas cours, l'opportunité d'aller fouiner dans la capitale est excellente. Ils se mettent d'accord pour se donner rendez-vous une heure plus tard, le temps de préparer quelques affaires : Paul a déjà son permis de conduire, une voiture de disponible, ils peuvent donc partir le soir même. Ils se donnent rendez-vous devant la boulangerie, pour que personne ne puisse les voir partir ensemble. Chacun rentre chez soi.

- Tu étais où ma puce ?

- Désolé papa, j'étais chez Sandra qui voulait me faire une surprise ?

- Laquelle ?

- Bah... disons que ça va vous contrarier... elle et deux copines veulent qu'on aille faire un week-end entre filles à Paris !

- Comment ça ? Sans rien préparer ?

- Sandra a le permis et la voiture de ses parents, et on irait dormir chez sa tante à Créteil.

- Et tu nous annonces ça, comme ça, alors qu'on a programmé la journée de demain ?

- Désolé, papa et maman, je n'étais pas au courant. On peut reporter notre journée le week-end prochain s'il vous plaît ?

- Vous comptez partir à Paris quand ?

- Ce soir...

- Tu nous mets devant le fait accompli ! Tu en penses quoi Stéphanie ?

- Bon, va pour cette fois, elle a dix-huit ans après tout ! Mais ne nous prends plus jamais en traître comme ça !

- Merci tous les deux, je vous adore !

Elle embrasse sa mère et son père sur la joue, puis monte dans sa chambre. Elle pose son sac, se déshabille et prend une douche pour se détendre après cette intrusion dans l'appartement. En sortant pour se sécher elle se sent encore un peu sale, elle a l'impression de ne pas s'être suffisamment savonnée : elle prend une seconde douche. Une fois propre et habillée Danielle reprend son sac d'exploration, ainsi qu'un sac de sport dans lequel elle glisse des vêtements pour deux jours, son nécessaire à toilette, de quoi recharger son téléphone, et quitte la maison après avoir embrassé ses parents. Paul l'attend devant la boulangerie, dans sa voiture, prêt à partir : Danielle glisse ses sacs à l'arrière, sur les sièges, et prend place à l'avant.

- Tu en as mis du temps pour venir !

- Je suis désolée, je ne me sentais pas bien et j'ai pris deux douches !

- Une douche aurait suffi !

- Certes ! Alors tu as dit quoi à tes parents, Paul, pour qu'ils te laissent partir ?

- Que j'allais chez un pote tout le week-end.

- C'est tout ?

- Ils sont plutôt contents d'avoir un week-end entre eux deux, donc je n'ai pas eu à insister !

- Et ce pote habite loin, pour justifier la voiture ?

- Bah disons que je n'ai rien dit pour la voiture, ils auront la surprise demain...

- J'espère que ça passera... bref, en route !

Il fait nuit, il est environ vingt-trois heures, et se mettent en route vers Paris. Un moment, alors qu'ils sont sur l'autoroute en direction de la capitale, la voiture fait un drôle de bruit : ils s'arrêtent sur la bande d'arrêt d'urgence. Ils mettent chacun un gilet fluo, et Danielle reste à l'arrière de la voiture pendant que Paul vérifie le moteur. Il y a une fuite au niveau du liquide de refroidissement : la voiture est bloquée, ils doivent impérativement trouver de l'aide pour continuer leur trajet. L'aire de repos la plus proche se trouve à une dizaine de kilomètres, et Danielle n'a pas le courage de marcher autant : elle appelle les secours avec son téléphone, qui vont venir intervenir le plus rapidement. Au bout de cinq minutes une voiture s'arrête derrière eux, un homme en sort et s'adresse à Paul.

- Bonjour, jeunes gens, que vous arrive-t-il ?

- On a une fuite du liquide de refroidissement, nous sommes bloqués ici hélas.

- Mince, je peux vous aider ?

- Si vous allez sur Paris, est-ce possible de nous emmener avec vous s'il vous plaît ?

- Pourquoi pas, on peut trouver un arrangement...

- Comment ça ?

L'homme montre Danielle du doigt.

- Si elle est gentille avec moi, je pourrais vous rendre ce service...

- C'est hors de question !

L'homme laisse apparaître un pied de biche dans une main, et leur impose de monter dans sa voiture. Paul va à son encontre, pour tenter de le désarmer, mais prend un énorme coup dans le ventre qui le met au sol.

- Tout dépend de toi, ma jolie : tu montes, ou je le démonte !

- D'accord.

Danielle s'approche de l'homme et, en arrivant à sa hauteur, fait un bond : elle l'attrape au niveau du cou, avec ses cuisses, et le fait basculer lourdement au sol. L'homme laisse échapper le pied de biche qu'elle récupère, d'un réflexe plutôt incroyable, et lui met un coup violent sur la tête : il perd connaissance instantanément.

- Allez, Paul : tu te relèves, on prend nos affaires et sa voiture !

- Mais, c'est nous les victimes : il ne vaut mieux pas attendre les secours ?

- Et qu'ils appellent nos parents, et nous fassent rentrer ? Je préfère demander pardon que la permission : en route !

Paul récupère les sacs dans leur voiture, et prend les clés dans la poche de l'homme : ils montent à bord du nouveau véhicule et se remettent en route. Pendant qu'ils font route pour Paris, un voyage qui va durer en tout un peu moins de deux heures, Paul tente à différentes reprises de mettre une main sur la cuisse de Danielle pour la draguer, pour la séduire. Il reçoit onze baffes durant ce trajet. Une fois à Paris ils réussissent, par chance, à trouver une place pour se garer pas loin du jardin du Luxembourg : il est deux heures du matin et Danielle est très fatiguée, elle a du mal à conserver les yeux ouverts.

- Bon, on va se trouver un hôtel maintenant.

- On n'y va pas tout de suite, Danielle ?

- De nuit ? On va se faire repérer directement, alors qu'en y allant de jour on pourra se fondre dans la masse.

- D'accord ! Je vais te laisser aller à l'hôtel seule, j'ai envie de visiter un peu Paris de nuit !

- Comme tu veux : on se retrouve à dix heures, pile, sur le parvis de Notre-Dame, d'accord ?

- Très bien. Tu peux prendre mon sac avec toi, s'il te plaît !

Danielle prend tous les sacs et laisse Paul partir de son côté. Elle trouve sans mal un hôtel non complet. Une fois dans la chambre elle pose les sacs et, dans un état de fatigue très avancé, ne prend même pas la peine de se laver ou de se changer : elle n'a pour seul réflexe que de prendre son médicament, et s'écroule sur un lit. Elle n'a pas besoin de beaucoup de temps pour plonger dans un sommeil profond, et faire le plein d'énergie pour une journée qui va s'avérer possiblement stressante et mouvementée. Le lendemain matin elle avale un bon petit déjeuner, prend le temps de se préparer tranquillement et va au point de rendez-vous avec son sac à dos : elle y arrive avec dix minutes d'avance, Paul l'y attend déjà avec un énorme sourire aux lèvres

- Finalement, tu as fait quoi cette nuit pour être de si bonne humeur ?

- J'ai été à Pigalle, et j'y ai fait une belle rencontre ?

- C'est-à-dire ?

- Une femme a bien pris soin de moi, et ça ne m'a pas coûté trop cher.

- T'es venu juste sur Paris pour t'envoyer en l'air ? T'es un dégueulasse.

- Après ma mésaventure avec la vieille dame je me sentais sale, j'avais besoin de me laver de cette relation sexuelle...

- Une simple douche aurait pu suffire ! Bref, t'es vraiment décevant sur ce coup : dommage...

- Désolé...

- Trop tard, c'est fait ! Allez, allons-y !

Ils prennent la direction de l'hôpital Hôtel-Dieu.


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