Alerte aux féminicides

06/03/2023

(Posté le 06/03/2023)


Chère lectrice, cher lecteur,


J'écris cet article car il est urgent, en ce lundi 6 mars 2023, de faire un point sur les féminicides (sans négliger, bien évidemment, les hommes qui meurent également dans les mêmes conditions, mais le nombre de femmes tuées en bien plus élevé). Depuis le début de ce mois de mars, ce sont 4 nouvelles victimes qui ont été enregistrées, ce qui porte le total de cette année à 30, déjà : il faut impérativement réagir, prévenir et punir, pour stopper cette tendance qui se normalise en France, ces faits de société que le gouvernement ne semble pas savoir combattre.

Avant d'aborder les possibilités de préventions et de punitions, pour tenter de réduire ce mal à zéro, il faut, dans un premier temps, faire un constat des chiffres, et des victimes.

Ainsi, comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus, ce sont environ 45.300 féminicides qui ont eu lieu en 2021 dans le monde : ce sont 45.300 victimes de trop, assurément.

En France, en 2021, les chiffres ne sont pas glorieux. Comme on peut le lire dans l'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, réalisée par le ministère de l'intérieur et des outre-mer, ce sont 143 décès (+14% par rapport à 2020) qui ont été enregistrés : 122 femmes et 21 hommes ont été victimes d'un meurtre conjugal. Une augmentation non négligeable, alors que le bilan des victimes d'homicides liées au violences conjugales, en France, a atteint son niveau le plus bas en 2020. Les statistiques, qui sont notamment prises en compte depuis 2006 par le ministère de l'intérieur, indique un net progrès sur ce point, malgré que ça ne soit pas suffisant.

En 2023, ce sont déjà 30 féminicides, par compagnons ou ex, qui ont été recensés. Voici la liste des victimes de cette année, à ce jour.

- Valérie, 52 ans, égorgée le 12 janvier à Arques.

- Catherine, 46 ans, empoisonnée au mercure le 19 janvier à Paris.

- Catherine, 46 ans, étranglée le 22 janvier à Pont-Péan.

- Angélique, 22 ans, abattue avec un fusil le 22 janvier à Saint-Brieuc.

- Eva, 3 ans et fille d'Angélique, également abattue avec un fusil.

- Manon, 22 ans, abattue avec un fusil le 24 janvier à Digne-les-Bains.

- Elena, 39 ans, meurtre dissimulé dans un incendie le 24 janvier à Fresnes.

- Eva, 20 ans, abattue avec un fusil le 24 janvier à Lempdes.

- Sihem, 18 ans, étouffée le 25 janvier à Salles-du-Gardon.

- Sophie, 47 ans, étranglée le 25 janvier à Montpellier.

- Mongia, 73 ans, battue à mort le 27 janvier à Saint-Etienne-du-Rouay.

- Magdalena, 29 ans, abattue par un pistolet le 28 janvier à Limoges.

- Marie-Camille, 38 ans, tuée par balles le 2 février à Gros-Morne.

- Laurence, 48 ans, abattue avec un pistolet le 5 février à Gujan-Mestras.

- Marina, 45 ans, poignardée le 6 février à Lognes-Marchis.

- Séverine, 43 ans, brûlée vive le 9 février à Yvetot.

- Flora, 34 ans, assassinée le 11 février à Bondy.

- XX, 66 ans, frappée à mort le 12 février à Meudon.

- Assia, 46 ans, asphyxiée puis démembrée le 13 février à Paris.

- Neda, 51 ans, poignardée le 13 février à Sevran.

- Laure, 28 ans, poignardée le 14 février à Lisieux.

- XX, quadragénaire, tuée par son conjoint le 17 février à Boulogne-Billancourt.

- Marie-Antoinette, 75 ans, abattue avec un pistolet le 22 février à Cabriès.

- Elisa, 23 ans, abattue par une arme à feu le 24 février à Prunelli-di-Fiumorbo.

- Nassera, 53 ans, poignardée à mort le 2 mars à Melun.

- Fatiha, 27 ans, poignardée à mort le 3 mars à Amiens.

- Cathy, 54 ans, poignardée à mort le 3 mars à Saint-Laurent-d'Arce.

- XX, retraitée et hospitalisée, tuée par arme à feu le 4 mars à Bon-Encontre.

- XX, 29 ans, étranglée le 5 mars à Blagnac.

- XX, une femme originaire d'Erythrée, défenestrée ce 6 mars à Beaulieu.

Quels sont les facteurs qui font que les féminicides persistent, et ont du mal à baisser ? Car, en dehors des côtés émotionnels et passionnels des meurtres, qui peuvent laisser croire à des cas isolés, c'est surtout une mentalité générale qui fait que certains individus tombent dans cette horreur. Faisons un tour de plusieurs faits de notre société, qui mettent en avant la supériorité de l'homme sur la femme, et donc contribuent à ne pas faire baisser les féminicides.

Déjà, et les féministes sont d'accord sur ce point, c'est le patriarcat le plus primaire qui est la première cause. Par cette notion, je mets en avant l'idée que c'est principalement l'homme, dans le couple hétérosexuel, qui est le chef de la famille, l'être dominant au sein du foyer. Pendant longtemps dans les anciennes générations, notamment chez nos grands-parents, et c'est encore le cas dans beaucoup de situations aujourd'hui, c'est l'homme qui travaille et ramène le salaire à la maison, pendant que la femme vit principalement au foyer pour entretenir la maison, et s'occuper des enfants : on le constate surtout en dehors des grandes villes, dans des endroits où les loyers sont moins chers, et où un seul salaire peut suffire à faire vivre tout la famille (avec, en complément, les prestations sociales apportées à la femme). Tant que ce patriarcat est majoritaire, il est certain que l'inégalité sociale entre les hommes et les femmes perdure, et que beaucoup trop de féminicides sont commis.

Ensuite, et c'est toujours un combat féministe légitime, l'inégalité entre les hommes et les femmes dans le monde professionnel place, par défaut, la femme inférieure à l'homme. D'après une étude de l'INSEE, en juin 2020, les hommes gagnent 28.5% de plus que les femmes de manière générale, et cet écart de salaire est de 9% à postes et compétences égales. Déjà, pour des postes et des responsabilités identiques, les hommes et les femmes doivent être payés au même tarif : il est inconcevable qu'il y ait des disproportions sur ce point. Dans certains domaines ce n'est pas possible, car la hauteur de la rémunération dépend surtout de la rentabilité de la personne (je pense, spontanément, au football professionnel : le football masculin génère davantage d'argent, de revenus, que leurs homologues féminines, et cette donnée doit être prise en compte bien évidemment). Une personne doit être payée à la hauteur de ce qu'elle produit, de ce qu'elle rapporte : en partant de ce postulat, si une femme génère davantage de revenus qu'un homme à un même poste, c'est légitime qu'elle soit mieux payée. C'est ce qu'on appelle la méritocratie. Ensuite, pour l'écart général au niveau des salaires, il est surtout expliqué par le fait que les femmes ont moins accès à de hautes fonctions dans certaines entreprises, dans certaines activités, car elles sont victimes d'une misogynie vulgaire : certaines personnes pensent, à tort, que les femmes sont moins fortes pour s'occuper de certaines affaires comme les hommes, qu'elles n'ont pas les nerfs pour pérenniser une société. De plus, le fait que c'est la femme qui porte l'enfant et qui donne la vie, et qui, de ce fait, doit obligatoirement poser un congé maternité le temps de l'accouchement et de se remettre, freine grandement le recrutement des femmes dans certains domaines.

Le monde de la pornographie, à travers lequel beaucoup de jeunes apprennent notamment les relations sexuelles entre garçons et filles de nos jours, est clairement un fléau. Dans beaucoup trop de vidéo, dans beaucoup trop de mises en scènes, la femme est majoritairement soumise à l'homme : c'est lui qui dirige les ébats sexuels, c'est lui qui décide quand il a envie, c'est son plaisir qui est mis au premier plan. Cette industrie fait de la femme principalement un objet de l'homme, à son service ; et malgré qu'elle s'adresse à un public adulte et stable, il s'avère qu'elle instruit nos jeunes garçons, leur apporte des codes et des normes abjectes, qu'ils reproduisent sur les filles. Au passage certaines d'entre elles, influencées également par la pornographie, sont convaincues que ce qui est mis en vidéo, que ce que les garçons leur font faire dans le cadre de leurs relations sexuelles, au travers de pratiques parfois humiliantes, sont des choses totalement normales. Rappelons, au passage, que certaines vidéos pornographiques mettent en scène des viols, apparemment pour répondre à des fantasmes, à des demandes.

Après, et c'est un combat qui me tient à cœur, il faut durcir les sanctions pénales contre les violences faites aux femmes, ainsi que leurs meurtres. Le cas de Cathy, ce 3 mars en Gironde, est un exemple criant : son ex-compagnon est connu des services de police pour tentative d'assassinat sur une ancienne compagne, il est censé avoir une interdiction de l'approcher et de se rendre dans son département de résidence (après notamment 2 plaintes déposées par Cathy), et pourtant il a réussi à la tuer. Les sanctions encourues, pour des faits de violence envers une femme, dépendent des circonstances (éventuellement aggravantes) et de l'incapacité totale de travail qu'il en sort (que ce soit sur le plan physique ou moral) : la peine maximale est de 10 ans de prison (et ce, dans le cadre d'une récidive). C'est clairement insuffisant. Au vu de l'augmentation de la violence dans notre société, sans s'arrêter spécialement à celle envers les femmes, il faut durcir les peines, inspirer la peur aux personnes susceptibles d'être violentes, et alors on s'en portera mieux. Il vaut mieux prévenir que guérir, en l'occurrence enterrer des femmes qui ont le droit de vivre. Faisons tout notre possible pour arrêter les êtres immondes qui veulent tuer nos femmes, nos mères, nos filles, et apportons la paix dans notre société.

Enfin, et c'est une logique de la cause féministe, il faut activement combattre les religions et les états qui font une hiérarchie entre l'homme et la femme : il faut les détruire et les reconstruire, dans les endroits où elles sont mal interprétées et appliquées, pour que la femme soit égale à l'homme, simplement. Quand on prend l'ensemble des religions, notamment, on remarque que :

- la femme doit obéissance à son mari, qui détient toute autorité sur elle,

- la femme a l'obligation de porter le voile,

- la femme doit rester au foyer, c'est primordial (et donc ne pas travailler),

- dans certains pays, l'homme peut épouser une femme qu'il a violé, ainsi il n'est plus coupable de viol (mariage réparateur).

Certaines lois sont tellement anciennes et dépassées, proviennent d'un temps pendant lequel l'ignorance a été forte : nous devons évoluer.

Ainsi, pour tenter de réduire à rien les féminicides à terme, il faut mettre en place différentes mesures, sur différents aspects de notre société actuelle, qui doivent s'appliquer notamment à l'éducation des jeunes, l'image de la femme au quotidien, et les peines judiciaires. En partant de ces idées, pour tendre vers une société équilibrée et tenter de mettre un arrêt aux féminicides, nous pouvons réaliser différentes choses.

- Mettons en avant les femmes qui réussissent professionnellement, qui œuvrent pour le bien de la société (qui le méritent, donc). Pendant la seconde guerre mondiale, notamment, les femmes ont montré qu'elles pouvaient faire tourner le pays aussi bien que les hommes, partis au combat. Nous devons tendre vers une société qui évalue la valeur d'un individu, et non d'un homme ou d'une femme. Certains métiers sont plus attrayants pour les femmes, d'autres pour les hommes, il n'est pas nécessaire de changer cette norme, mais il ne faut pas limiter les ambitions et les projets de chacun (dans la limite du raisonnable et du réalisable, bien évidemment).

- Rééquilibrons le congé paternité au niveau du congé maternité. La plupart des entreprises qui ne veulent pas embaucher des femmes le font dans l'appréhension du congé maternité, mais si les pères ont également le droit à un congé équivalent pour s'occuper de leur enfant, alors la discrimination sera assurément revue à la baisse.

- Renforcer l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes dans les entreprises, en commençant bien évidemment par le salaire. Ensuite dans le cas, par exemple, qu'un homme et une femme postulent tous deux à une place, et sont tous deux à compétences et valeurs égales, alors la personne embauchée doit l'être en fonction du nombre d'hommes et de femmes déjà présents, pour assurer une mixité. Il est bien évidemment logique que l'inverse doive se réaliser : s'il y a plus de femmes dans une société, et que le même cas de figure se présente, alors l'homme doit être privilégié.

- Revaloriser les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine. Dans le secteur de l'aide à la personne, de la santé, ou encore, par exemple, de la petite enfance, il faut que les temps partiels soient strictement encadrés, dans leurs recours, et améliorer les salaires des secteurs moins attrayants qui sont pourtant vitaux dans le fonctionnement de notre société.

- Apporter de nouvelles législations autour de l'industrie de la pornographie. Strictement interdire l'accès au moins de 18 ans (comme ça devrait déjà être le cas), prohiber certaines réalisations et mises en scènes (viols, zoophilie, fantasmes de pédophilie avec des actrices à peine majeures, et donnant l'air d'être mineures). Si la pornographie est un passage obligatoire pour nos jeunes, qu'ils le consomment parce que c'est ainsi qu'internet et que les réseaux sociaux le diffusent, alors ayons le pouvoir sur le contenu diffusé et acceptable.

- Alourdir les peines encourues, notamment dans le cadre de violences faites aux femmes, et leurs meurtres : si nous sanctionnons lourdement, au préalable, les violences, alors elles diminueront, et les meurtres aussi dans la continuité. Bien évidemment il faut faire du cas par cas, on ne peut pas donner de règle générale qui peut être mal interprétée (par exemple on ne condamne pas à la même peine une personne qui a donné une gifle sous le coup d'une émotion forte, qui n'a jamais été violent et a commis un geste regrettable un jour, sous le coup de l'émotion, à une autre personne qu'on sait violente, de par son passé, et qui n'a pas mis qu'une gifle, mais par exemple un coup de poing. La récidive doit être sévèrement punie, quand quelqu'un commet des actes atroces plusieurs fois, de manière répétée, son bien être passe bien loin derrière le bien de la société. Et en cas de meurtre, de féminicide avéré, prison à perpétuité sans remise de peine. La vraie perpétuité est quasiment inexistante en France, elle est presque un sujet tabou si on ose en parler aux hauts fonctionnaires, et pourtant il faut la réinstaurer.

- Que les nations unies se battent réellement pour faire supprimer, dans les pays dans lesquels c'est en vigueur, la législation qui cautionne le mariage réparateur. Si on laisse cette ouverture, alors on accepte que dans certains endroits on puisse faire ce qu'on veut à une femme et s'en sortir sans problème, et ça pourrait possiblement arriver dans d'autres sociétés petit à petit.

- Faire un point sur les différentes religions, et casser des règles qui ont été écrites il y a des centaines d'années. Nous ne sommes pas obligés de céder à des préceptes qui ont été mis en place un jour : la civilisation évolue, et les lois des religions peuvent et doivent évoluer avec le temps dans certains cas (et sur le plan de la reconnaissance de la femme dans la société, c'est nécessaire).


Quand j'ai commencé à écrire cet article, ce matin, 27 féminicides étaient répertoriés. Ce sont maintenant 30 de ces drames qui ont été comptabilisés, alors que je publie cet écrit sur mon blog, et probablement plus pendant que vous terminez de lire ces quelques phrases. Les féminicides sont un sujet, un fait de société qui doit être pris au sérieux, et pour lequel on doit impérativement trouver une solution. Lors du débat du second tour de la dernière élection présidentielle, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, celui-ci a parlé des violences intra-familiales et des féminicides, et il s'est félicité que les prises de plaintes et que le travail avec les associations, ainsi que le travail réalisé avec les forces de police et la justice : il est clair que c'est actuellement insuffisant, et qu'il faut travailler davantage sur ce sujet.

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